oct 18

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C’est la  Semaine des bibliothèques publiques et elle est dédiée aux 12-25 ans. Je profite de cette occasion pour partager l’extrait d’un article que j’ai écrit pour le magazine L’École Branchée et qui est paru en septembre dernier au sujet de la bibliothèque jeunesse entendue comme service pour les enfants et les ados.

On dit que la  bibliothèque est une idée plus grande que le lieu.  Aux quatre coins du monde en ce moment, on s’ingénie à repenser et à créer un  nouveau genre de bibliothèques jeunesse. Le succès des bibliothèques de demain, assume-t-on, dépendra de notre capacité à répondre aux besoins des jeunes citoyens numériques d’aujourd’hui. Les nouvelles bibliothèques qui relèvent ce défi partagent pour la plupart une philosophie pour le changement qui s’articule autour de trois axes : la participation, la littéracie, l’accès.

La participation: je participe donc je suis

Les jeunes ont des caractéristiques physiques, émotionnelles et cognitives distinctes comme des besoins différents de ceux des adultes en regard des espaces, des services et de la technologie. Désormais une grande attention est apportée à la réalisation d’environnements qui soient appropriés pour eux de manière à favoriser des interactions enrichissantes avec la bibliothèque.

Pour atteindre cet objectif, la participation des jeunes à la planification, au design, au développement, au marketing des espaces et des services est posée comme une priorité. On évitera de programmer et de bâtir des lieux qui sont des reproductions en modèle réduit, des salles pour les adultes. Les ados, plus particulièrement, ne sont plus considérés comme des presqu’adultes ou des enfants prolongés: loin de simplement les tolérer, on les reconnaît désormais comme une clientèle à part entière qui a droit à des espaces attrayants et stimulants qui lui ressemble.

Suivant cette approche d’ouverture, on préfère mettre en valeur tout ce que l’on peut faire à la bibliothèque, ou devrait faire, au lieu de les accueillir avec des affiches plus grandes qu’eux énumérant les interdits. Dans de nombreuses bibliothèques canadiennes, les jeunes peuvent manger et boire.

Leurs besoins de bouger, de parler, de s’amuser et surtout de socialiser sont pris au sérieux. Place aux jeux sous toutes ses formes! Les jeux vidéo font une entrée en force dans les bibliothèques de l’Amérique du Nord avec des soirées qui comptent des centaines de participants qui, pour plusieurs, n’y avaient jamais mis les pieds auparavant. La bibliothèque publique de Toronto a fait une levée de fonds de 300 000$ pour garnir sa collection de jeux vidéo. La bibliothèque de Montréal-Nord est devenue un rendez-vous le weekend avec ses tournois.

Les bibliothécaires adhèrent également à la perception positive de la technologie et des médias sociaux qu’entretiennent les jeunes. Au lieu de chercher à les dissuader de ces usages – ce qui serait bien vain – des programmes de formation à l’information et à l’utilisation critique de l’Internet sont mis en place. If you can’t beat them, join them. Plusieurs sites de bibliothèques proposent des fonctionnalités interactives permettant aux jeunes de créer des contenus. Sur SOS Devoirs, les 6-12 ans peuvent clavarder pour s’entraider et faire des recommandations de lecture à la manière d’Amazon. On augmente aussi le nombre de postes Internet du côté des lieux bibliothèques et on ne lésine pas sur la grandeur des écrans. Il faut prévoir que les enfants et les ados puissent s’agglutiner autour des postes car il est bien documenté que l’ordinateur est un outil social: un seul écran mais une expérience partagée.

Jeux, jeux vidéo, médias sociaux, ces activités ludiques permettent aux jeunes d’acquérir les bases de plusieurs compétences sociales et technologiques nécessaires à une participation active à la société contemporaine, en plus de favoriser la littéracie. Suivant ce qu’affirme une étude américaine produite par la fondation MacArthur : « Ériger des barrières à la participation, c’est priver les jeunes de l’accès à ces formes d’apprentissages. »

Cette disposition du public jeunesse à la participation et la socialisation, et son influence sur les services et le design, constitue un laboratoire d’expérimentation pour la bibliothèque de l’avenir. Avec la progression du livre numérique et la diminution des collections physiques, on se prépare à investir dans une offre de services et des espaces à vocation sociale orientés vers la médiation, les interactions, l’engagement communautaire, actualisant le rôle unique de la bibliothèque comme sphère publique. Les jeunes ouvrent ce passage des collections aux connections.

La littéracie: tout mène à la lecture et la lecture mène à tout

Les actions pour lutter contre le décrochage, favoriser la réussite scolaire et améliorer la littéracie se multiplient en innovant.  L’école, pour l’éducation formelle, et la bibliothèque, pour l’éducation informelle tout au long de la vie, se redécouvrent partenaires en littéracie. À Québec et dans certains arrondissements de Montréal, des moyens ont été pris pour que tous les élèves des écoles soient abonnés aux bibliothèques de leur quartier dès la rentrée. Ce sont ces enfants qui jouent alors le rôle de passeurs auprès de leurs parents et qui les entraînent à la bibliothèque.

Différentes démarches de médiation hors les murs amènent les bibliothécaires dans les classes, dans les parcs, dans les CLSC auprès des enfants et de leurs familles, souvent des nouveaux arrivants. Le projet Coup de poing est aussi un exemple d’intervention originale en milieu défavorisé qui vise à supporter le développement de la compétence à lire. En Belgique, il existe un programme exceptionnel, le contrat de lecture, qui lie les écoliers et les bibliothèques de la 1ère à la 6ième année avec plusieurs visites et un thème annuel adapté : l’album, la poésie, le conte, le théâtre, la BD, etc. Chez nos voisins du sud, on mise sur l’attrait des enfants pour les animaux: des chiens entraînés viennent tenir compagnie aux jeunes lecteurs, les écouter sans juger, agissant comme un élément de motivation.

En même temps, le livre n’est plus conçu comme le véhicule unique et privilégié. Les collections s’ouvrent et s’amplifient de ressources numériques et de documents audiovisuels. On exploite la mise en relation des thèmes, des créateurs, des récits: les multiples chaperons rouges (ou de bien d’autres couleurs dans les versions contemporaines) se rencontrent, se lisent, s’écoutent, se visionnent, s’animent.  Cet exercice consistant à tisser des liens entre les œuvres, qu’elles soient films, musiques ou web, croise inévitablement la littérature. Ces animations autour du livre permettent de concevoir la bibliothèque et  l’univers documentaire comme un réseau culturel infini dépositaire de l’expérience humaine.

Dans le registre du livre, on valorise également les productions qui exploitent l’image au même titre que celles qui privilégient le texte : albums et BD sont reconnus comme d’authentiques médiateurs. À la bibliothèque de l’arrondissement d’Anjou à Montréal, les ados ont ainsi développé la collection de BD en compagnie de leur bibliothécaire, l’été dernier. Des clubs de lecture mangas font les beaux jours de l’été.

Le monde de l’édition jeunesse est en ébullition et les arrivages nouveaux en format numérique ajoutent à l’effervescence. Sur tous les fronts, les bibliothécaires jeunesse poursuivent leur travail de filtrage par la recommandation, plus stratégique que jamais dans un contexte d’abondance et libre du marché. On voit apparaître des conseils de lecture sur Facebook, sur Twitter, sur des blogues de bibliothécaires jeunesse. Le Village des suggestions du Portail de BAnQ et les sélections jeunesse du site Pause Lecture sont des modèles dans le genre.

Un auteur américain, John Green, affirmait récemment que les bibliothèques, comme client institutionnel, sont les garants de cette fabuleuse diversité da la littérature jeunesse. Elles sont aussi, par ce fait même, des acteurs incontournables au plan de la littéracie car il faut un vaste choix pour réussir à plaire à chaque jeune lecteur comme il faut, en outre, exposer tous les lecteurs à la diversité du monde et des idées afin d’accéder à une véritable littéracie et à tout le registre de compétences qu’elle suppose. Or, comme le soulignait Green encore, les bibliothécaires jeunesse ne sont pas des pâtissiers paresseux qui vont simplement vous donner un beigne quand vous leur en demander un. Les bibliothécaires jeunesse sont des pâtissiers ambitieux : « Tu aimes les beignes, je t’en donne un. Mais, tu devrais essayer mes macarons ou les éclairs au chocolat aussi. Tu vas voir, ça va t’en mettre plein la vue et te brasser les neurones, le kid».

Les stratégies pour améliorer la littéracie impliquent aussi une certaine vision de l’environnement bâti. À New York, The Library Initiative est un projet  audacieux porté par la question “Que se passerait-il si on faisait de la lecture une expérience pivot dans la vie des enfants ?” Les réponses se sont incarnées dans des lieux de lecture fascinants dont l’architecture défie le rétrécissement du rôle et de la qualité des espaces publics aujourd’hui. Chacune de ces bibliothèques aménagées dans les écoles est conçue de façon unique afin que des performances, des présentations multimédias ainsi que d’autres modes créatifs d’interactions puissent s’y dérouler.

L’accès : être utile là où les jeunes sont

-> On peut lire la suite à la page 20 dans le magazine L’École Branchée en feuilletant virtuellement la version papier.

Marie D. Martel


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