Mars – 2010 15

censorship

Ce qu’il ne fallait pas manquer cette semaine en 12 articles, billets, nouvelles:

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L’image “Censorhip” est sous licence creative commons et provient de la galerie de Andréia sur Flickr

Marie D. Martel

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Mars – 2010 09

Suite de l’article paru le 12 février.

Le côté sombre des jeux web en bibliothèque!

Jusqu’à présent, nous avons porté un regard plutôt positif sur la promesse des jeux web en bibliothèque, c’est-à-dire : offrir une entrée au monde ludique à faible coût, avec une grande accessibilité et contenant une foule de documents intéressants. Dans cette seconde partie, je désire vous montrer le côté plus sombre des jeux web : l’image négative du jeu, la publicité abusive, la faiblesse du contenu pour certains groupes cibles et la pérennité du support.

Commençons sur un sujet ambitieux que nous ne pourrons ici qu’effleurer : l’image générale du jeu en bibliothèque. Je crois que je ne vous apprendrai rien en vous disant que comme plusieurs nouvelles technologies, le jeu web possède son lot de partisans et son lot de détracteurs. En fait, il n’est pas rare de voir les jeux en ligne associés à des problèmes de sexisme, de violence, de dépendance, etc. (voir http://www.webaverti.ca/french/games.html)

Puisque certains jeux en ligne sont souvent la cible des médias (notamment Dofus et World of Warcraft), les préjugés viennent rapidement quand vient le temps de discuter des jeux web. De plus, contrairement aux jeux sur consoles, les jeux web sont habituellement classifiés selon le genre, et il est très rare qu’il existe une classification selon la maturité du contenu (il existe néanmoins une classification sur le site suivant : http://jayisgames.com/about/game-ratings/).

Plus spécifiquement dans le milieu des bibliothèques, il est plus traditionnel (et peut-être plus accepté) que la bibliothèque prenne le jeu comme un document de second ordre après le livre (à noter que la mission des bibliothèques publiques de Montréal est de favoriser la lecture et le savoir, et non la culture et le savoir). Il y a donc une certaine réticence à offrir des documents ludiques à cause du manque d’expertise dans le domaine et du manque de ressources pour offrir des ludographies de qualité.

En plus, les jeux étant plus souvent sur des serveurs externes, les bibliothécaires sont dépendantes de ces ressources: publicité abusive et/ou de mauvais goût, aucune disparité entre le contenu pour les jeunes et le contenu pour adulte, vente de produits commerciaux, etc. D’un point de vue technique, ces sites peuvent aussi supprimés ou déplacés leur contenu et ainsi, rendre les hyperliens obsolètes. Une solution pour ce type de problème est le rapatriement des codes dans votre portail sous forme de lien (voir  armorgames)

Et puis, autant il est facile de trouver du contenu québécois de qualité pour les jeunes que la situation se détériore rapidement pour les autres groupes d’âge. Les jeux pour adolescents ou pour adultes de qualité sont presque exclusivement disponibles en anglais. Et pour les aînées, il y a encore de grandes lacunes dans toutes les langues.

Finalement, nous pouvons soulever brièvement les problèmes de la pérennité du support Flash. Cette application sur laquelle est développée la majorité des jeux web devient de moins en moins supportée, qu’adviendra-t-il alors des jeux existants sur cette plateforme ?

La solution : un processus de sélection rigoureux

Mais, rassurez-vous, nous avons encore la chance de vaincre les forces chaotiques anti-jeux web. Une solution simple pour contrer ses problèmes est de créer des ludographies à partir d’une grille de sélection et de développer une expertise dans le domaine. Pour cela, il faut s’assurer de bien cibler sa clientèle dès le début du processus, et après, graduer ses documents selon la difficulté des jeux présentés. Une bonne ludographie offrira des jeux de type diversifiés : jeu sérieux, jeu d’arcade, jeu de simulation, etc.

À noter qu’une ludographie peut être offerte en version papier (situé près des postes informatiques ou en ligne, sur un site web). Une liste de critères de sélection peut comporter les éléments suivants : présence d’élément sonore, niveau de langage, niveau de difficulté,  présence de violence, de sexisme ou de contenu stéréotype, durée du jeu, langue principale du jeu, logiciel nécessaire pour l’utilisation (Flash, Shockwave, etc.), type de jeu (arcade, simulation, jeu sérieux, etc.), présence de publicité sur le site et contenu complet du jeu (c’est-à-dire est-ce un démo ou une version complète du jeu).

Il faut aussi penser à avoir une traduction des règles pour les jeux anglophones. Une attention particulière doit être offerte aux mondes complets comme Dofus (ce qui pourrait être le sujet d’un billet complet). N’oubliez pas que des logos peuvent servir à repérer facilement l’information de la grille de sélection pour les usagers.

Bonne ludographie !

***

Dans la troisième et dernière partie sur le jeu web en bibliothèque, je discuterai du potentiel de ces jeux pour la formation documentaire. Je discuterai du développement des compétences informationnelles et les promesses du jeu sérieux dans ce domaine.

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Mars – 2010 08

Ce qu’il ne fallait pas manquer cette semaine en 11 articles, billets, nouvelles:

  • Une présentation “Bibliothèque et Médiation Numérique” par Lionel Dujol :

Voir d’autres présentations de Dujol Lionel.
Marie D. Martel

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Fév – 2010 25

Aujourd’hui, le Devoir annonçait via le Sismographe que : ‘Tous les livres numériques des éditeurs québécois se retrouvent maintenant sur un seul et unique portail, livresquebecois.com. Plus de 1400 titres sont déjà rassemblés sur cette librairie numérique présentée comme «l’unique portail dédié à la littérature d’ici».” La bibliothèque numérique québécoise accouche d’elle-même. Les enjeux culturels, technologiques, légaux, économiques sont nombreux.

Pour démêler quelques noeuds, lors du dernier Congrès des Milieux documentaires, François Paquette s’est livré à un exercice pédagogique des plus réussis sur le thème Livre électronique en bibliothèque 101 :

Marie D. Martel

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Fév – 2010 14

Ce qu’il ne fallait pas manquer cette semaine en 12 articles, billets, nouvelles :

inukshuk

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*L’image, sous licence creative commons, provient de la galerie de jeffwilcox sur Flickr

Par Marie D. Martel

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Fév – 2010 10
Small Worlds

Small Worlds de David Shute

Une ludographie Web, est-ce que vous connaissez?

Mais, je vous en conjure, ne commencez pas à douter de vos connaissances générales, il s’agit d’un terme encore très peu utilisé pour promouvoir les services ludiques en bibliothèque. Son utilité : offrir un ensemble de ressources ludiques disponible sur le Web et qui sont appropriées aux besoins spécifiques d’une clientèle.

En fait, de plus en plus de bibliothèques se questionnent sur la possibilité d’ajouter des produits ludiques à leur offre de service. Malgré qu’il s’agisse d’une initiative des plus louables, les bibliothécaires pourraient d’ores et déjà exploiter les ressources actuelles de leurs environnement en offrant un premier point de service ludique : les jeux disponibles gratuitement sur le Web.

En ce sens, les bibliothèques du réseau de la Ville de Montréal possèdent un avantage technique non négligeable : tous leurs ordinateurs sont équipés de l’application Flash qui permet de jouer à une grande gamme de jeu en ligne.

Par contre, l’offre des jeux sur Internet, bien qu’abondante, est souvent enveloppée dans des sites abondamment publicisés, promouvant souvent des valeurs douteuses et d’une jouabilité fréquemment médiocre. L’ajout d’une politique permet de faire épargner du temps à ceux et celles qui voudraient s’intéresser à découvrir la culture du jeu tout en promouvant certains types de jeux moins connus du grand public. Elle permet aussi de redorer l’image de la bibliothèque auprès des clientèles qui apprécie les jeux.

Pour réussir à faire correspondre les objectifs d’une ludographie avec un public cible (jeune, adolescent, adulte, aîné), il faut s’assurer d’avoir une politique de sélection rigoureuse et de choisir correctement ses ressources. Par exemple, la ludographie pourrait offrir des jeux sérieux « serious game » pour les adultes désirant vivre une expérience plus mature et intellectuelle, des jeux éducatifs pour les enfants, des jeux d’aventure et d’action pour les adolescents, des jeux de puzzle et de développement cognitif pour les aînés.

Une ludographie peut être composée à partir de listes de meilleurs jeux trouvées sur le Web ainsi que de jeux ayant été primés par les critiques (à consulter : jayisgames.com). Il peut être intéressant que la liste de jeux retenus mette de l’avant des créations locales comme les jeux proposés par le musée McCord.

Quelques bibliothèques ont déjà une telle politique. Nous les invitons à partager les ressources qu’elles ont découvertes afin d’aider à la création d’une ludographie pour les différentes clientèles.

Voici quelques ressources en ligne pour voir l’étendue des jeux offerts :

Jeux sérieux: http://www.ludoscience.com/FR/20-Ludographie.html
Jeux éducatifs: http://www.mccord-museum.qc.ca/fr/clefs/jeux/
Jeux pour adultes: http://www.maximumpc.com/article/features/casual_encounters
Jeu pour le 400e du Québec (en anglais) http://www.jeux.fm/jeux-aventure/jeu-du-quebec-2946.html
Jeux ayant participé à un concours de conception: http://jayisgames.com/cgdc6/?gameID=9
Jeux pour enfants: http://www.uptoten.com/enfants/kidsgames-home.html

Dans la prochaine chronique sur le sujet, nous discuterons des difficultés d’une telle politique de sélection en proposant une grille d’analyse. Nous expliquerons aussi quelques problèmes au niveau des mises à jour, des aspects techniques et de la traduction.

Thierry Robert

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Fév – 2010 08

Ce qu’il ne fallait pas manquer cette semaine en 12 articles, billets, nouvelles :

lireplus3*Une image de Florence Issac qui a circulé via Franck Queyraud sur Facebook.

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À découvrir pour le plaisir et tout le reste

par Marie D. Martel

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Fév – 2010 07

Bonjour à tous

Voici une liste qui, j’espère, sera utile pour les bibliothécaires et la clientèle des bibliothèques de la Ville de Montréal. Cela a commencé lorsqu’une cliente m’a demandé la liste des lauréats et des nominations du Man Booker Prize. Ne trouvant aucune liste qui soit pratique et instantanée, j’ai décidé de m’attaquer au problème. Après un faux départ et un disque dur de sauté, j’ai finalement trouvé une présentation qui me semblait acceptable et qui n’a depuis jamais causé de problème.

L’idée de départ était d’avoir une présentation uniforme pour toute liste, qu’elle soit  facile (10pt), agréable à lire (pas d’Arial et encore moins Comic !) et pouvant contenir le maximum d’informations sur une seule ligne ; ce qui explique le format (légal) et l’orientation (paysage). J’ai choisi cette disposition en fonction de la description la plus longue à ce moment (Prix du GG en traduction).

Ces listes décrivent non seulement les gagnants de prix littéraire entre 2000 et 2009 mais aussi les nominations et ce, dans chaque catégorie. Ce qui donne une vue plus large de l’œuvre d’un auteur ; en effet, souvent un auteur fait parti des nominations avant de décrocher un prix. Parfois, il est en nomination pour un Prix et gagnant pour un autre.

Il est à noter que c’est une première partie. Il reste le Prix Bédélys en bande dessinée (fort apprécié de ceux qui l’ont vu) et le Man Booker Prize. Ces derniers sont référencés avec des hyperliens mais j’ai des problèmes avec la typographie lors de la création des pdf. En attendant que je trouve la solution, voici les prix littéraires en question :

Marc Lemaire

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Jan. – 2010 31

Ce qu’il ne fallait pas manquer cette semaine en 11 articles, billets, nouvelles :

checkoutlibrarian

La photo laisse à désirer mais quel bon marketing (via @canucklibrarian sur Twitter)

Veille sur le livre numérique :

Bibliothèque et lecture :

Technologie et web :

* La photo, sous licence Creative commons, provient de la galerie de Miriella sur Flickr

par Marie D. Martel

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Jan. – 2010 29

iPadJe viens tout juste de recevoir le Kindle DX que j’ai décidé de m’offrir. Mes pauvres yeux n’avaient jusque-là rien eu à se mettre sous la pupille, parce que les écrans des versions précédentes étaient (1) trop petits et (2) à cristaux liquides. Avec de tels écrans, impossible pour moi de lire plus que quelques minutes tout au plus sans devoir me taper un solide mal de tête.

Apprenant récemment qu’Apple s’apprêtait finalement à dévoiler son nouveau bidule, j’avais hésité à faire le pas vers le nouveau Kindle DX. Mais, quand il est devenu clair que l’écran du «Tablet» (l’iPad) serait à cristaux liquides et que ce serait une version plus grosse que le iPhone que je traîne dans ma poche depuis un an, j’ai finalement décidé d’acheter sur Amazon. L’écran du Kindle DX est exactement de la même dimension que celui de l’iPad (diagonale de 9,7 po. ). Il n’est certes pas aussi spectaculaire que le magnifique écran couleur de l’iPad et ce n’est pas un écran tactile. Mais il utilise la technologie de l’encre électronique et rend donc l’apparence du papier. En outre, je peux FINALEMENT contrôler à ma guise la grosseur des caractères, ce dont je ne me prive pas. J’ai vérifié que je peux lire quelques heures sans développer la fatigue oculaire débilitante à laquelle je m’étais résigné depuis la généralisation des écrans comme support de lecture.

Par comparaison, l’iPad – qui ne me semble pas encore vraiment au point – vise un public nettement plus attiré par l’audiovisuel. Ses fonctionnalités de livre électronique semblent intéressantes, quoique je ne suis pas sûr que la technologie de l’écran à cristaux liquides puisse convenir à la lecture que celle de l’encre invisible. Quoi qu’il en soit, je crois bien que je me laisserai tenter dans un an ou deux, lorsque l’iPad en sera (comme le Kindle aujourd’hui) à sa 2e ou 3e version. De toute évidence, Apple a décidé de lancer un produit qui n’est pas encore vraiment au point par rapport aux attentes des fidèles…

Mais ce ne sont pas ces questions technologiques qui me frappent le plus. La raison pour laquelle je vous inflige cette épitre est que la gestion des contenus inhérente à la mise en marché des livres électroniques s’avère centrale à plusieurs égards. Mais, tout d’abord, il faut camper les stratégies derrière les bidules : le Kindle, l’iPad, le Sony Reader et (bientôt) la eReader de ASUS ne s’entendent pas forcément sur les formats des fichiers qu’ils reconnaissent. Bien entendu, le format PDF est une valeur sûre qui traverse les filières technologiques. Si le Kindle DX, par exemple, peut importer et afficher les fichiers PDF, on ne peut en ajuster la taille d’affichage, ce qui nous réduit souvent à tenter (dans mon cas, sans grand espoir de succès) de lire des “nano caractères”.

Toujours dans le cas du Kindle, le format utilisé est dérivé du logiciel “Mobipocket” qui a été développé il y a quelques années en France. Les quelque 450 000 livres Kindle (et les périodiques) disponibles sur le site d’Amazon sont distribués dans ce format (*.azw). Les prix sont nettement inférieurs à ceux que l’on devrait payer en librairie (ou pour les livres “papier” équivalents vendus sur Amazon). En plus, même sur le site d’Amazon, on retrouve plus de 7 500 livres Kindle gratuits (des livres du domaine public qui agissent un peu comme les “loss leaders” des grandes chaînes d’alimentation). Toutefois, de plus en plus de livres numérisés dans le format de Mobipocket sont rendus disponibles sur des sites alternatifs (l’incontournable Projet Gutenberg n’en est qu’un parmi de nombreux autres). On peut croire qu’Apple optera pour une stratégie équivalente au cours des prochains mois : après tout, Apple prévoit rendre rapidement disponible plus d’un million de titres dans son environnement.

Ces chiffres donnent le vertige pour plusieurs raisons. Mais la principale demeure l’absence d’un modèle d’affaires planifié et conscient chez les producteurs et les nombreux intermédiaires des marchés de contenus. Chris Anderson (l’auteur du “Long Tail”) a beau avoir prédit la généralisation de la gratuité dans l’univers numérique, le modèle d’affaires ne permet pas encore de comprendre comment un tel environnement va permettre aux créateurs et aux distributeurs de mettre du beurre sur leur pain. Cela n’a pas empêché les grandes bibliothèques publiques américaines (et notamment celles de New York et de Chicago) de se lancer dans la distribution en ligne de matériel gratuit compatible avec les formats les plus populaires (mobi pour le Kindle, ePub pour l’IPad et le Sony, PDF pour tout le monde, etc.).

La généralisation rapide des livres électroniques sur les marchés va rapidement imposer aux bibliothèques publiques de se positionner en tant que fournisseurs et distributeurs de contenus dans cet environnement. La décision de se positionner et les mesures qu’il faudra prendre pour y arriver ne pourront tarder. À mon avis, même avec les risques que comporte l’opération, il s’agit d’une décision à la fois critique et urgente.

Cela est d’autant plus clair, dans mon esprit, qu’un autre enjeu se pose à l’échelle de la francophonie. Les contenus francophones dans la galaxie du livre électronique demeurent dramatiquement pauvres. Il est possible de télécharger les œuvres de plusieurs des auteurs les plus importants de la littérature francophone à partir de la collection d’Amazon… si l’on accepte de lire les Zola, Camus, Hugo, Rimbaud (eh oui, même la poésie!) dans leurs traductions anglaises!!! Pardonnez-moi la licence poétique : C’EST LE BOUTTE !!! Il y a bien la collection Gallica de la BNF qui vient de mettre en ligne ses premiers livres en format Mobi (trois – oui, 3! – livres de Baudelaire, De Musset et Rimbaud), mais vous comprendrez que ça ne fait pas le poids devant les multimillions de livres disponibles en langue anglaise, incluant, comble de l’ironie, les nombreuses traductions anglaises de nos auteurs les plus importants.

Tout cela ne serait pas bien grave si le e-book n’était qu’une mode qui fera son tour de piste en quelques années et qui se délitera rapidement par la suite. Le problème est que, même si cela s’avérait, l’impact de cette technologie ne se fera pas attendre dans une industrie (au sein de laquelle j’inclus les bibliothèques publiques) déjà en crise profonde. J’entends bien les allusions au fait qu’il n’y a rien de tel que l’odeur du bon vieux papier – pour les gens de ma génération, cette odeur est réconfortante, rassurante, comme celle d’une bonne soupe de notre enfance. Mais, au rythme où vont les choses, elle va bientôt être froide, cette soupe. Elle va figer. Ce qui serait d’une infinie tristesse, c’est que se figent aussi les contenus, les idées, les valeurs et les imaginaires que transportent ces livres. Je suis sûr que, quand le codex s’est finalement imposé entre la fin du monde antique et l’émergence du Moyen âge, plusieurs ont dû déplorer l’obsolescence du papyrus et du parchemin. Ils avaient tellement raison!

Parmi les contenus et les autres machins que transportent les livres de papier, il y a aussi notre culture : je parle de la culture qui se vit en français et qui demeure en rade alors que la planète virtuelle a pris le large sur d’immenses paquebots. Je vois un symbole particulièrement cruel et inquiétant dans le fait qu’il y a actuellement un – et un seul – quotidien montréalais parmi ceux auxquels donne accès le Kindle d’Amazon. Vous l’avez deviné, il s’agit de (rrroulements de tambourrr) The Gazette!

Ça dit tout…

Pierre Godin

Conseiller au Service du développement culturel, de la qualité du milieu de vie et de la diversité ethnoculturelle de la Ville de Montréal, Pierre Godin est notre blogueur invité cette semaine.

*L’image, sous licence Creative commons dans Flickr,  provient de la galerie de  cattias.photos


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