sept 08

coupdepoing21

Le livre jeunesse se porte bien en France comme au Québec si l’on regarde les chiffres de production. C’est particulièrement vrai pour le livre d’image qui devient un phénomène éditorial qui gagne un succès critique en même temps qu’un succès d’estime, même auprès des adolescents, et donc en étirant son registre au-delà des frontières de la petite enfance.

Cependant, même si la quantité et la qualité sont au rendez-vous, ça ne signifie pas que l’on obtiendra une diffusion équitable pour tous les genres d’ouvrages. Bien au contraire, lorsque le choix est vaste, il est encore plus facile, au moment de l’acquisition de rejeter certaines productions dont le sujet et le traitement constituent une source potentielle de controverses.


Qu’est-ce qu’on fait avec cette littérature qui discute de l’homosexualité (Marius), du suicide d’un parent (Ma maman du photomaton), de la violence (Nul poisson où aller), de l’intolérance (On aime pas les chats)?

Et de fait, dans diverses plates-formes publiques, des bibliothécaires ont exprimé leur embarras et même leur désaveu à l’endroit de ce créneau de la littérature pour enfants. On admet que les «livres à problèmes» sont sujets à l’auto-censure, qu’on les omet au moment de l’acquisition, qu’on leur préfère autre chose ou alors si on les acquiert, ils peuvent attendre la poussière dans les bureaux ou derrière le comptoir de prêt, oubliés mais tenus en laisse.

Alors pourquoi décider d’aller à rebours de cette pratique et s’engager dans un processus de diffusion et de valorisation des livres «à problèmes» en développant une collection singulière comme la collection Coup de poing?

Parce que l’on a pris le parti de penser que, loin de constituer un problème, cette littérature, étant donné ses thèmes, ses caractéristiques, sa capacité à susciter la parole, à appeler une médiation, faisait partie de la solution.

Raconter le deuil, la pauvreté, l’exclusion, la violence, la guerre, ce n’est pas l’heure du conte. Mais, ça se lit tout de même et surtout ça se discute. C’est le pari que les bibliothèques publiques du réseau de la Ville de Montréal tiennent en développant et en animant la collection Coup de poing. Cette collection réunit des albums qui portent sur les thématiques éthiques et sociales chargées qui se conjuguent au présent et au plus près des jeunes qui évoluent dans un environnement urbain et complexe.

L’objectif de ce projet de médiation est de contribuer à l’intégration sociale des jeunes, à la fois, en favorisant la littéracie et en abordant des thèmes et des problématiques qui les touchent et qui sont susceptibles de participer à leur habilitation (empowerment).

Depuis deux ans, un projet, autour de la collection de Coup de poing, a été mis sur pied dans le cadre du programme de soutien à l’école montréalaise du ministère de l’ Éducation. Animation des albums et ressourcement littéraire pour les enseignants, ce projet est l’occasion d’un partenariat dynamique entre la bibliothèque publique et les établissements scolaires.

Rappelons que la collection a d’abord été initiée par les bibliothèques de Lachine, Lasalle et Verdun. Le projet de médiation a, par la suite, été mis en place à la bibliothèque Centrales-Jeunes, maintenant Père-Ambroise, sous l’initiative de Marie Désilets. Le projet se développe encore cette année en s’ouvrant à tout le réseau.

On peut désormais accéder à la liste des titres de la collection sur le site du réseau des bibliothèques de Montréal. Un document pdf est disponible.

La semaine dernière, des bibliothécaires qui ont accepté de prendre la responsabilité du développement de la collection se sont réunis. Au cours de l’automne, les membres vont déposer sur le wiki BPM les recommandations de titres qui seront évalués lors des rencontres ultérieures (sous Médiation –> Activités enfants –> Projet Coup de poing). Éventuellement, certaines de ces recommandations de lecture seront communiquées sur l’Espace B.

Les œuvres de la collection Coup de poing sont sélectionnées sur la base de quatre critères : 1) L’album comme genre; 2) l’excellence du programme iconographique; 3) la pertinence de la thématique et 4) le fait de comporter un élément transgressif (qui remet en question une idée reçue, un préjugé, un état de chose) ou résistant (qui s’ouvre à une pluralité d’interprétations, qui demande un travail d’interprétation créative de la part du lecteur).

La médiation de ces oeuvres se distingue par des animations interactives à travers l’exploitation littéraire et philosophique des albums. Les enfants de 4 à 11 ans, soit du niveau primaire, ont constitué le premier public visé. Cette année, une ouverture se fait du côté du premier secondaire, auprès des jeunes de 12-13 ans. Mais, il est entendu que, dans la plupart des cas, ces albums intéressent tous les publics : Ils ont la qualité d’être  trans- et intergénérationnels.

Pour plus d’information, je vous renvoie à des articles parus :

  • La collection « Coup de poing », Anyse Boisvert et Marie D. Martel, Lurelu, Volume 31, no. 3, hiver 2009
  • Une collection qui ébranle les bibliothèques publiques, Marie D. Martel, Argus, vol. 36, no3, 2007-2008, pp. 28-30

Partager cet article sur Partager sur Facebook Partager sur Twitter Delicious
Mot(s)-clé(s) associé(s) à cet article :


4 commentaires pour “Coup de poing: un projet de médiation avec les jeunes”

  1. Tweets that mention Coup de poing : un projet de médiation avec les jeunes -- Topsy.com a dit :

    [...] This post was mentioned on Twitter by Bibliothèques de MTL. Bibliothèques de MTL said: Coup de poing : Un projet de médiation par les jeunes http://bit.ly/15MoWc via @addthis [...]

  2. Dominique Leclerc a dit :

    Je compte bien déployer tous mes efforts afin que cette collection soit accessible dans nos deux bibliothèques. L’idée de faire des activités de médiation inspirées de certains de ces livres m’emballe au plus haut point.

    Bravo pour cette belle initiative !

    Dominique Leclerc
    Animatrice spécialisée
    Bibliothèques Rosemont-La-Petite-Patrie

  3. bibliobsession a dit :

    Très belle initiative, bravo ! Par contre, on accède pas au wiki sans identifiant…dommage, on a envie de jeter un oeil à la cuisine interne ;-) Question : sous quelles formes vont être diffusées les recommandations? S’agira-t-il de recommandation et/ou d’avis de bibliothécaires ?

  4. Marie D. Martel a dit :

    Bonjour
    Oui, le wiki est fermé…mais on a parfois des invités!

    Les avis/recommandations seront réalisés par les bibliothécaires. Pour le moment, les bibliothécaires sont invités à les écrire directement dans le wiki pour alimenter le comité de développement de collection. Mais, en même temps, nous sommes en train d’évaluer différentes technologies sociales pour les recueillir et les diffuser plus largement à l’aide d’un document structuré. Cela va de Librarything, à Ning, à un formulaire dans le wiki en passant par Delicious (réinjecté dans le wiki via un RSS). D’autres suggestions ?

    Et puis, comme je l’ai mentionné dans le billet, pour celles qui le voudront, nous allons aussi faire du push en publiant certaines de ces recommandations sur l’Espace B – avec une réverbération sur FB et Twitter.