juin 02

« Ma bibliothèque idéale, c’est une bibliothèque qui a les qualificatifs suivants : elle est belle, accueillante, professionnelle et adaptée. »

Louise Guillemette-Labory, directrice associée – Bibliothèques, Ville de Montréal

Dans ce billet, découvrez la suite de l’entrevue accordée par Mme Louise Guillemette-Labory à Espace B et publié la semaine dernière. L’innovation, la créativité, et le dynamisme caractérisent plus que jamais le réseau des bibliothèques publiques de Montréal. Tour d’horizon du développement des bibliothèques. Bonne lecture!

Espace B : Pourquoi parle-t-on de développement dans le monde de la bibliothèque? Est-ce important?

Louise G-Labory :

Premier constat : tout bouge autour de nous! Il n y a rien de plus permanent que le changement. Si nous n’évoluons pas en même temps que le monde autour de nous, qu’advient-il? On devient désuet, caduque, mal adapté. Les bibliothèques doivent faire partie du développement si nous ne voulons pas être victimes de celui-ci. À Montréal, nous avons la vision d’une bibliothèque citoyenne, gratuite et de qualité, qui puise sa raison d’être dans les services qu’elle peut rendre à chacun et à tous.

Deuxième constat : avant l’essor de l’Internet, il pouvait sembler difficile de connaître les meilleures pratiques en bibliothéconomie. Or, à présent, elles ne sont plus qu’à un clic de nous. Dans ces conditions, notre champ de connaissance et notre vision deviennent globaux. En connaissant mieux les bonnes pratiques à travers la planète, il devient très intéressant de se demander comment nous pourrions les adapter ici. Depuis quelques années, Montréal se positionne comme une métropole de l’innovation, de la créativité et du savoir. Les bibliothèques sont des acteurs incontournables de ce vent porteur de développement.

En fait, je suis convaincue qu’il ne faut pas craindre le changement, mais qu’il nous faut, au contraire, y contribuer. Cette façon de voir a toujours constitué une dimension utile au cours de ma vie. Devant le changement, je me disais et me dis toujours : « Comment puis-je faire pour être une agente positive de ce changement? ». Le changement t’oblige à te repositionner ainsi qu’à te questionner sur tes actions. C’est très sain et constructif. En se posant des questions sur ce que nous faisons, comment nous le faisons, comment nous pourrions le faire, on réalise alors tout le potentiel des bibliothèques – d’autant plus que celles-ci sont une richesse renouvelable!

Espace B : Où en sommes-nous aujourd’hui dans le développement des bibliothèques publiques de Montréal? Quelles sont les grandes orientations de l’avenir?

Louise G-Labory :

Aujourd’hui, suite au diagnostic paru en 2005 et grâce au plan de consolidation et de développement qui en a résulté, force est de souligner que nous avons réalisé de grandes avancées. Nous avons, entre autres, augmenté significativement les heures d’ouverture des bibliothèques, nous avons accru et diversifié les collections – aujourd’hui 4 millions de documents sont disponibles -, et nous avons créé un programme d’immobilisations pour moderniser et développer le réseau.

Nous réalisons que la bibliothèque repose sur trois piliers fondamentaux : le pilier du lieu physique, bien ancré dans les quartiers et proche du quotidien des gens; le pilier de la bibliothèque numérique, caractérisé par des services et des documents accessibles en ligne; et enfin, le pilier de la bibliothèque hors les murs, qui permet la mobilité des services et la rencontre avec les citoyens là où ils se trouvent. L’objectif ultime est de rejoindre 100% de la population montréalaise d’une manière ou d’une autre.

Pour ces trois piliers, nous avons encore beaucoup de travail à accomplir. Du côté de la bibliothèque en tant qu’espace physique, nous disposons du programme de rénovation, d’agrandissement et de construction de bibliothèques (RAC). De nouvelles bibliothèques ouvriront leurs portes dès 2012 et 2013. Nous lançons ensemble un mouvement, et nous devons faire en sorte d’entretenir ce mouvement, d’attiser l’intérêt de tous les citoyens envers les innovations en cours, et puis continuer d’améliorer toujours les lieux. Les bibliothèques de quartier doivent vraiment incarner un milieu de vie. C’est cela, l’objectif. Le lieu physique de la bibliothèque, c’est l’endroit où tout le monde se sent bien accueilli. Nous avons une responsabilité commune de travailler sur cette notion de « bien accueillir ». De plus, nous installerons bientôt dans les bibliothèques la technologie des puces électroniques RFID pour les documents.[1] Cela permettra de donner de l’air au personnel en matière de gestion des documents et des prêts, et d’être ainsi plus proche du citoyen, dans une approche encore plus solide au plan de l’accueil et du service à la clientèle. Cela permettra en outre à l’usager d’être plus autonome dans ses prêts de documents. Bref, cela permettra « plus de tout » !

En ce qui concerne la bibliothèque numérique, nous avons déjà un bel embryon. De bonnes avancées sont à souligner. Je pense à l’implantation depuis quelques années d’un système de gestion informatique, commun aux bibliothèques de tous les arrondissements (Millennium) et qui permet le partage d’un catalogue unique des collections (le catalogue Nelligan). Montréal offre la possibilité de réserver un document à distance et dispose d’un service efficace de prêt et de retour universel des documents.[2] À l’heure actuelle, nous développons les ressources numériques. Cette année, nous réglerons aussi  la question de l’acquisition des livres numériques. Ce sera une percée formidable afin de mieux desservir une population qui, pour des raisons de temps, de disponibilité ou simplement de génération, si on pense aux natifs du numérique, fréquente encore trop peu la bibliothèque. Et évidemment, il faut poursuivre le développement du site web, des réseaux sociaux, et innover dans d’autres services comme la référence en ligne. La mise en ligne d’un tout nouveau site jeunesse des bibliothèques publiques de Montréal, Bibliojeunes, qui s’adresse aux enfants de 6 à 12 ans et aux adultes – parents, éducateurs et enseignants, est une belle réalisation de ce printemps. Nous allons devenir un incontournable de l’information.

Le troisième pilier, la bibliothèque hors les murs, permet de rejoindre tous les citoyens, des poupons jusqu’aux personnes âgées, en passant par les personnes handicapées et les itinérants, etc. Les bibliothèques s’adressent vraiment à tous les Montréalaises et Montréalais. C’est une composante essentielle de la bibliothèque du XXIe siècle, à développer.

J’ajouterai à ces orientations toutes les actions qui visent à renforcer le réseau. Il s’agit ici d’optimiser la valeur de chacune des bibliothèques par le fait qu’elle est rattachée à un grand réseau. Cela passe, quelques fois, par la centralisation de certaines activités pour pouvoir offrir un meilleur service et, d’autres fois, par la décentralisation d’activités parce que c’est de cette façon que les bibliothèques rejoignent le mieux les citoyens. Cette répartition des responsabilités se déroule bien à l’heure actuelle, cela se fait dans la concertation, et il faut que cela continue ainsi.

Espace B : Pour conclure, quelle est votre bibliothèque idéale?

Louise G-Labory :

Ma bibliothèque idéale, c’est une bibliothèque qui a les qualificatifs suivants : elle est belle, accueillante, professionnelle et adaptée. Les services que l’on y trouve sont de qualité. Ils sont fiables. Les professionnels qui y travaillent sont accueillants. Les gens se retrouvent dans la bibliothèque incarnée dans ses diverses composantes, physique, numérique et hors les murs.

Idéalement, ce serait une bibliothèque où tous les citoyens utiliseraient ses services et la fréquenteraient régulièrement de façon virtuelle ou physiquement. La bibliothèque et la population desservie évolueraient au même diapason. La population se serait approprié sa bibliothèque. La bibliothèque vivrait au rythme des gens. D’ailleurs, la bibliothèque existe pour cela, parce qu’elle rend des services qui répondent aux besoins de la population.

Entrevue réalisée par Aude Lecointe et Marie D. Martel

L’invitation de Louise Guillemette-Labory aux lecteurs d’Espace B

« Aimez les gens que vous desservez parce qu’ils vont vous le rendre au centuple ».
« Prenez le temps d’analyser comme il faut une situation avant de prendre une décision ».

__________________________________________________________________________________________

[1] L’introduction de puces électroniques, sur les livres ou dans les boîtiers de CD et de DVD, connaît un succès croissant dans le monde des bibliothèques en raison des avantages apportés dans la gestion des transactions et dans la relation de service avec les publics. Bien souvent, on investit dans cette technologie d’identification par fréquence radio dite RFID (pour « Radio Frequency Identification ») en installant des équipements modernes : des bornes d’auto-prêt et des chutes à livres intelligentes.

Source : « La bibliothèque du XXIe siècle », Direction associée – Bibliothèques, Ville de Montréal – Commission permanente du conseil municipal sur le développement culturel et la qualité du milieu de vie, mai 2010

[2] Le service du prêt et du retour universel de documents permet à un abonné : 1) d’emprunter un document appartenant à une autre bibliothèque que la sienne et de le cueillir dans n’importe quelle bibliothèque du réseau;  2) de retourner le document dans la bibliothèque de son choix y compris à la Grande bibliothèque.


Partager cet article sur Partager sur Facebook Partager sur Twitter Delicious
Mot(s)-clé(s) associé(s) à cet article :


Les commentaires sont fermés pour cet article.