oct - 2012 24

Social Media Information Overload

La veille, c’est quoi et pourquoi ?

Effectuer une veille régulière sur son environnement immédiat est le rêve de toute organisation, ces dernières justifient souvent leur incapacité à faire de la veille par le manque de ressources, de moyens et de temps.

Bien qu’elles soient conscientes de l’importance de la veille, peu d’organisations investissent dans un système de veille structuré et formel.

Comme le souligne bien Humbert LESCA, l’un des grands spécialistes de la veille, « s’il est naturel de s’interroger sur les coûts engendrés par la veille stratégique, il est tout aussi vital de s’interroger sur les coûts de la « non veille stratégique ».

Nous vivons dans un monde en constante évolution, marqué par l’incertitude, les mutations sociales, technologiques, politiques, économiques, etc. Personne n’avait prédit l’apparition et le succès planétaire des médias sociaux comme Facebook ou Twitter, ni leur immense pouvoir et nous ne savons pas quelle sera la prochaine révolution.

Dans un tel contexte, la veille est une nécessité, un impératif pour toute organisation qui veut assurer sa pérennité. Elle nous permet d’anticiper le changement, de repérer les opportunités et de détecter les menaces.

Nous avons besoin de « scanner », d’observer et de surveiller continuellement notre environnement immédiat : politique, économique, social, culturel, technologique, etc. d’identifier les pratiques innovantes, les tendances émergentes, de s’inspirer, d’évoluer et d’innover. La veille est aussi un outil d’aide à la décision, elle consiste à «Donner la bonne information à la bonne personne, au bon moment, pour prendre la bonne décision» Michael E. Porter.

François Jakobiak définit la veille comme « l’observation et l’analyse de l’environnement suivies de la diffusion bien ciblée des informations sélectionnées et traitées, utiles à la prise de décision stratégique ».

Plusieurs personnes ou organisations affirment faire de la veille, mais en fait, elles font juste de la recherche d’information, car la veille est un processus intellectuel qui va au-delà de la collecte d’information. La veille n’a de valeur que si l’information brute collectée est enrichie par des analyses et des synthèses puis diffusée et capitalisée dans le but d’alimenter et d’optimiser la prise de décision. L’absence de cette étape clé de traitement et d’enrichissement est capable de faire échouer tout processus de veille.

Pour réussir son projet de veille, il est essentiel de définir ses besoins, ses objectifs et ses priorités : pourquoi on veut faire de la veille ? Pour qui ? Pour quel usage ? Sous quelles formes ? La définition des besoins et des objectifs nous amène par la suite à identifier nos axes de veille, les thèmes et sous thèmes à surveiller, pour éviter de tomber dans l’infobésité et se concentrer sur nos objectifs. Avec la masse d’information produite à tous les jours, il est difficile d’être exhaustif et de couvrir tout ce qui est publié. Il faut prioriser, pour faciliter le travail de sélection, d’organisation et de stockage par la suite. Vouloir tout répertorier peut nous éloigner de nos objectifs initiaux et de nos priorités.

Une fois les axes de veille identifiés, l’étape suivante consiste à identifier les sources d’information les plus pertinentes pour chacun des axes.

Cycle de la veille

Pour une veille structurée et à valeur ajoutée, il est important de respecter les étapes suivantes :

  1. La collecte de l’information : la collecte se fait via les flux RSS, les alertes et des outils comme Google Actualités et Google News, les requêtes dans les principaux moteurs de recherche, les médias sociaux de type « professionnel » comme Twitter ou Linkedin. Lorsque le nombre de flux RSS est important, il est nécessaire d’avoir recours à un lecteur de flux comme Google Reader ou à un agrégateur comme Netvibes. Il est également important à cette étape de considérer le web invisible ou le web profond, qui comprend tout ce qui n’est pas facilement accessible via les moteurs de recherche classiques : bases de données commerciales, les sites internet ayant un moteur de recherche interne, etc. Le web invisible est beaucoup plus important, en termes de quantité, mais aussi de qualité, que le web visible, le  web de surface. Cette étape comprend également le tri, l’organisation et le stockage des informations collectées. Des outils de gestion de favoris comme Delicious sont tout à fait pertinents pour cette étape. Ils nous offrent la possibilité d’organiser nos favoris par « tag » ou mot-clé et de générer des listes dynamiques ou des webographies à partir de chacun des mots-clés attribués.
  2. L’analyse et le traitement : cette étape est cruciale et  consiste à transformer et à enrichir les informations brutes collectées, c’est la valeur ajoutée de la veille, de tirer profit de la masse d’information collectée. Elle consiste à analyser et à synthétiser l’information brute, à la rendre exploitable pour la prise de décision. Elle peut prendre la forme d’un dossier, d’un rapport, d’une synthèse ou tout simplement d’une liste de ressources organisées par thème et sous thèmes.
  3. La diffusion : consiste à transmettre et à partager les résultats de la veille. La diffusion doit être faite de façon régulière. Pour cela, il existe différentes formes ou produits de la veille : bulletins de veille, infolettres, billets de blogue, etc. L’intérêt de la veille réside dans le partage, faire profiter le maximum de personnes des résultats de la veille.
  4. La capitalisation : cette étape permet d’apprécier et de valoriser tout le processus de veille et particulièrement les résultats de la veille, c’est l’étape la plus longue, elle se fait progressivement et peut se traduire par la constitution d’une base de connaissances avec des outils comme les wikis. Capitaliser le savoir, les connaissances et les expertises est un travail de longue haleine, un processus complexe et exige une volonté collective de partage et de transfert des connaissances. Il s’agit du capital immatériel, des connaissances tacites. C’est une compétence « humaine » car il n’y a aucune technologie en ce moment qui permet d’extraire automatiquement les connaissances tacites et de les formaliser de façon matérielle, sur un support. La gestion des connaissances est donc un aspect important à considérer dans tout processus de veille.

L’évaluation de tout le processus de veille par rapport aux objectifs et besoins initiaux est également une étape importante. Elle permet de se réajuster, d’évoluer parce que les besoins, les sources d’information, les outils et la technologie évoluent constamment. On peut se servir des tableaux de bord pour réaliser cette étape. L’évaluation passe également par l’obtention de l’avis, la rétroaction du public cible de la veille, en comparant les réalisations de la veille aux besoins réels des équipes et en s’assurant de leur concordance.

Veille et innovation

Il y a un lien important à faire entre la veille et l’innovation. L’innovation (et non l’invention) vient souvent en s’inspirant des autres, de leurs expériences, des meilleures pratiques pour créer quelque chose de nouveau, améliorer un processus, un produit, un service, etc. Il ne peut pas y avoir d’innovation sans un système de veille structuré et efficace.

Olivier Soula, dans son article sur le rôle de la veille dans une démarche d’innovation cite l’approche du « degré d’originalité » développée par de D. Peltz et F. Munson, selon laquelle l’innovation passe également par l’adaptation et l’emprunt et non pas seulement par « l’origination ».  Selon l’auteur, « l’approche distingue l’innovation selon trois « degrés d’originalité » :

  1. L’«origination » : l’organisation développe une solution originale et inédite qui ne dépend en rien d’apport extérieur.
  2. L’adaptation : l’organisation adapte à sa propre situation une solution déjà connue.
  3. L’emprunt : l’organisation met en œuvre des solutions bien rodées qui nécessitent peu de changement dans le contenu de l’innovation. »

Pour explorer davantage le lien entre veille et innovation, voici une suggestion d’articles sur le sujet :

Rôle et limites de la technologie

Le web, est spécialement le web 2.0 a bouleversé les méthodes et les processus de veille. L’étape de la collecte de l’information est automatisée grâce aux alertes, aux flux RSS, aux agrégateurs et autres outils. Mais le travail de sélection, d’organisation, de synthèse et d’analyse est un travail intellectuel qui repose essentiellement sur des compétences humaines et aucun outil ou technologie ne peut remplacer ces compétences. L’humain est au cœur de toute stratégie de veille. C’est lui qui attribue de la valeur à l’information, en l’interprétant, l’analysant et la synthétisant, en la rendant exploitable pour la prise de décision.

Réussir la veille c’est éviter d’improviser, respecter toutes les étapes du cycle de la veille et aller au-delà de la collecte d’information.

L’étape de la réflexion est cruciale : une bonne analyse des besoins et une définition des objectifs est un gage de réussite de tout projet de veille. Improviser cette étape peut conduire à l’échec de tout le processus.

Une organisation innovante et intelligente est une organisation qui valorise ses ressources informationnelles et capitalise le savoir et les expertises de ses équipes, qui pratique une veille organisée, structurée et non une veille improvisée. La veille en tant qu’outil d’aide à la décision permet de fournir les informations pertinentes, de documenter la prise de décision et toute décision doit faire appel à la veille.

Pour aller plus loin

Photo: Information Overload, source: Flickr, galerie de Intersection Consulting, licence : CC BY-NC 2.0

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