nov - 2011 22

Dans le cadre du Salon du livre de Montréal, retour sur la Table ronde La lecture et les garçons : Comment proposer des pistes d’interventions efficaces susceptibles d’accroître l’intérêt de la lecture chez les garçons.

Adolescent qui lit sur la rue. Nous étions quatre participants enthousiastes à l’idée de contribuer vendredi dernier, à l’intérieur de la Journée des professionnels, à cet échange inspirant : Louis Émond, Martine Lamontagne, Carole Tremblay, Élaine Turgeon et moi-même.

La table ayant suscité un grand intérêt, je partage ici mon texte de présentation qui a entamé la discussion (et ma fois, rallié les troupes).

Dans ma réflexion, j’ai fait fi des objectif pédagogiques / didactiques souvent reliés à la lecture (et à la non-réussite scolaire) des garçons, pour m’attarder à l’acte de lire pour le plaisir, par motivation PERSONNELLE, et non pour satisfaire aux demandes du prof ou de sa mère (bibliothécaire, encore pire!)

Bibliothécaire ayant travaillé une dizaine d’années dans le quartier Centre-Sud de Montréal, ayant vu défiler des centaines de garçons (lecteurs et non lecteurs) et mère de deux garçons; ado et jeune adulte, j’ai constaté clairement que les garçons, à un moment ou à un autre de leur cheminement académique, ont trrrès bien ressenti et compris qu’on VOULAIT qu’ils lisent, et des BONS livres, des livres DIFFICILES, ÉPAIS, mais que ça ne leur donnait pas plus ENVIE de passer à l’acte!

On sent actuellement une telle pression sur les garçons à lire, j’ai un malaise avec ça… À peine un peu plus de 30% des Montréalais sont abonnés à nos bibliothèques. Juge-t-on les adultes qui ne fréquentent pas nos bibliothèques? Est-ce qu’on met tant de pression sur nos collègues, nos frères, nos chums : As-tu lu des chapitres de ton roman avant de te coucher chéri? Est-ce qu’on se permet des commentaires sur la présence du Guide de l’automobile dans le panier du client chez Costco? Quand on parle de plaisir… on parle d’abord de choix.

Je pars donc avec la prémisse que les garçons aiment autant lire que les filles… s’ils sont « présentés » à de nombreux livres, et s’ils ont le dernier mot quant au choix!

À la question adressée à Claude Ponti: « Avez-vous un truc pour intéresser un enfant à la lecture? », celui-ci a répondu : « Insérer une tranche de jambon différente entre chaque page! » Ainsi, comme bibliothécaire/passeuse de livres, (et comme mère), je ne cherche plus depuis belle lurette de recettes « miracles » pour intéresser un jeune à la lecture mais je m’accroche à deux principes selon moi immuables :

    La liberté entière du jeune, qui est déjà un petit citoyen penseur, de choisir le genre, le niveau, ce qui lui convient au moment présent : Il connait ses besoins et ses goûts.
    L’engagement de l’adulte passeur de livre : Consacrer l’effort et le temps nécessaires pour proposer un choix varié (qui ne corresponde pas à ses propres critères subjectifs d’adulte bien pensant), s’investir dans la lecture à haute voix et susciter l’échange autour du livre. Cette valeur d’engagement nous ramène à la présence essentielle de « médiateurs » ou de « passeurs de livres »; dans nos écoles, nos bibliothèques, nos maisons. Cela nous ramène aussi impérativement à une reconnaissance collective du temps (on ne s’y soustraira pas!) comme un élément essentiel de la réussite dans nos efforts pour développer le goût de la lecture.

À partir de là, plusieurs stratégies sont à envisager, plusieurs pistes d’interventions sont à explorer, selon les spécificités du milieu et des jeunes visés, nos habiletés comme passeur de livres, nos budgets…

Je pourrai témoigner du succès du programme Coup de poing, qui a permis à 2000 jeunes montréalais de participer à des discussions autour d’albums… et qui a véritablement suscité un intérêt et un engagement des jeunes dans la découverte d’œuvres littéraires… Je m’arrête ici, parce que Coup de poing, vous connaissez!!!

Marie Désilets

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déc - 2010 08
Logo du programme Coup de poing

Vous connaissez sans doute déjà Coup de poing, une collection d’albums résistants qui ébranlent, qui secouent, qui percutent. Ces albums se retrouvent dans plusieurs de nos bibliothèques et portent sur des questions éthiques et sociales comme l’affirmation de soi, la différence, le deuil, la guerre, les inégalités sociales, la violence, l’amour, la famille, etc.

Après quelques années d’animation des albums Coup de poing dans notre réseau de bibliothèques, il est clair que les objectifs de départ dans l’animation de ces albums « particuliers » se sont avérés concluants :

  • Développer le plaisir de la lecture, de la réflexion et de l’argumentation, autour de livres qui portent sur des thématiques qui interpellent les jeunes;
  • Créer des liens entre le livre, les jeunes, l’école et la bibliothèque.

Ce que nous n’avions pas mesuré, c’est  l’ampleur de l’intérêt des garçons en particulier, pour ce medium (l’album) qui laisse une grande part à l’iconographie dans l’interprétation du sens et qui de ce fait met particulièrement en valeur leur habileté à décoder le visuel;  idem pour les élèves habituellement moins performants à l’école parce que moins habiles à décoder l’écrit.

Ce que nous n’avions pas mesuré également, c’est  la pertinence de présenter ces  albums aux jeunes (et moins jeunes) issus de diverses communautés culturelles, qui se reconnaissent dans ces récits inscrits dans leur paysage culturel : les albums Coup de poing reconnaissent cet apport culturel et créent des ponts entre les Montréalais de différentes origines, comme de différentes générations.

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