mai 29

web-50Monique Khouzam Gendron vient de prendre sa retraite. Femme de coeur, rassembleuse, d’une grande humanité, organisatrice hors pair, respectueuse et délicate, nous allons tous la regretter. Lorsque quelqu’un qui a donné autant quitte, il faut prendre le temps de lui demander comment est le chemin et en garder une trace pour ceux qui suivent. J’ai posé quelques questions à cette grande dame pour qu’il y ait un récit de son expérience, une transmission de sa richesse d’être et de son savoir et, qui l’écrira un jour ?, une mémoire  de ces gens qui ont bâti la bibliothèque publique de Montréal. Je la remercie d’avoir partagé ceci avec nous.

Qu’est-ce qui vous a conduit à cette profession ?

Quand j’étais petite et je faisais à l’occasion des mauvais coups, on m’envoyait au bureau de la directrice générale du Pensionnat du Sacré-Cœur pour y mettre de l’ordre et dépoussiérer sa bibliothèque. J’aimais ce contact avec les livres et j’étais impressionnée de la grande culture de la directrice à un tel point que je refaisais à nouveau des mauvais coups pour m’y retrouver. Ne me demandez pas quel genre de mauvais coups, car je ne m’en souviens plus.  La seule chose dont je me souviens, c’est que lorsque la révérende Mère revenait à son bureau et demandait : « Mademoiselle Mona, il n’y a rien de brisé ». Je lui répondais toujours…« Pas encore, ma Mère… ».

Une autre raison qui m’a conduit à cette profession : c’est la conscience collective et l’esprit d’entraide que mes parents m’ont inculquées. Quand on a eu la chance de recevoir beaucoup, il est normal et presque nécessaire de partager avec les autres. Comme mon père et ma sœur Mireille étaient professeurs, j’ai choisi d’être bibliothécaire, question d’être originale.

Quels sont les principes qui ont guidé votre démarche ou quelle philosophie avez-vous développée au fil de votre carrière ?

Comme bibliothécaire, nous ne pouvons pas prétendre avoir la science et les connaissances infuses mais nous avons la chance d’avoir appris dans quels outils on peut trouver les bonnes réponses.

Pour bien défendre un dossier, ne jamais prendre pour acquis que les autres savent ce que l’on sait et donner l’information au maximum mais la présenter simplement et synthétiquement car les gens n’ont pas le temps de lire des romans au travail.

Avoir une vision large et ne pas s’attarder à des détails.

Savoir que ce n’est pas notre super compétence en bibliothéconomie qui fera avancer les bibliothèques mais plutôt notre écoute, notre approche avec les gens autour de nous (avec les autorités, les collègues à côté et le personnel avec qui nous travaillons…) Cela aura plus d’impact que tous les diplômes accrochés sur un mur. De plus, et surtout ne pas qualifier les personnes d’incultes parce qu’ils n’ont pas notre diplôme, car ils peuvent avoir une foule de connaissances que nous nous n’avons pas et c’est ainsi qu’on se complète tous.

Se faire des alliés avec les personnes dans tous les secteurs de notre entourage. Exemple, dans une municipalité : avoir des alliés avec la direction, dans les services de sports, plein air, loisirs, avec les agents culturels, les agents de communication, de la diversité sociale…

Avez-vous eu des modèles ou des mentors ?

Plusieurs personnes m’ont impressionnée, inspirée et façonnée tel que je suis ou souhaite être. Et même si je suis encore loin du but, du moins je tends à l’être. Ce sont des valeurs personnifiées qui résonnent dans ma tête et que, par choix, j’ai décidé de faire miennes. Par exemple, mon grand-père maternel, on l’appelait le dictionnaire. Il savait répondre à tout et comme mes grands parents vivaient avec nous sous le même toit, il nous racontait de merveilleuses histoires avec toujours des leçons de sagesse à tirer. Ma grand-mère m’impressionnait par sa douceur et sa beauté intérieure qui était éclatante. Mon papa, par son esprit de partage, sa bonté et sa grande diplomatie. Ma mère, par son sens de l’organisation, son perfectionnisme et son sens du devoir qui permettait d’aller jusqu’au bout même dans les tâches difficiles pour enfin dire : Mission accomplie. Il y a eu plusieurs autres personnes et la liste peut être longue mais pour ne nommer que quelques-uns ici : Hélène Charbonneau, pour sa passion pour la lecture et  la littérature de jeunesse. M.Valaskakis, un de mes professeurs au H.E.C. par ses allocutions captivantes et, enfin, la personne et non la moindre qui m’a vraiment impressionnée, c’est le Pape Jean Paul II, qui malgré sa grande maladie et ses souffrances que lui ont occasionné une courbature physique, s’est tenu droit « intérieurement » jusqu’à la fin de sa vie, en acceptant humblement et avec dignité la maladie et les souffrances au lieu de les fuir et de se cacher.

Quelle est la réalisation dont vous êtes la plus fière ?

D’avoir réussi à convaincre le maire et les élus du Conseil de Ville de Saint-Eustache de ne pas fermer deux petites bibliothèques (succursales) alors que la décision était déjà prise, la coupure budgétaire était faite et l’information a été transmise aux citoyens et au personnel de la bibliothèque concerné qui perdait leur poste de travail.

Que recommandez-vous aux jeunes qui embrassent cette profession ?

D’avoir le sens marketing et le sens politique (et non pas faire de la politique) c’est à dire savoir quoi dire, comment le dire et quand le dire ?

D’avoir une vision large sur le rôle de la bibliothèque dans la société comme faisant partie d’un tout et non une fin en soi.

D’accepter les postes de gestion pour être proche du pouvoir de décision et influencer les décideurs et bien défendre la cause des bibliothèques et de la culture.

De ne pas être très corporatiste, au point de nuire à la profession au lieu de la servir et, enfin,

D’accepter d’apprendre encore et encore et de ne jamais penser qu’on sait tout.

Comment envisagez-vous l’avenir des bibliothèques ?

Un avenir très positif à la fois stimulant, favorable aux bibliothèques mais aussi très exigeant car il va falloir :
-    faire face à l’abondance de l’information, ce qui peut créer de la confusion. Aujourd’hui, tout le monde s’exprime   verbalement et par écrit sur tous les sujets;
-    faire face aux demandes multiples des utilisateurs des bibliothèques qui sont de plus en plus exigeants;
-    savoir s’adapter à la rapidité et aux changements technologiques;
-    reconnaître l’existence de la concurrence;

-    avoir l’esprit clair et impartial dans une société ou la confusion des idées et des valeurs règnent.

Monique Khouzam Gendron

Merci et tous nos voeux pour que cette retraite soit à la mesure de vos attentes !

Monique Khouzam Gendron est l’auteure, avec  Chantal Springhetti et Marie-Chantal Bergeron, d’un livre de recettes qui a remporté Gourmand World Cookbook Award 2009.


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2 commentaires pour “Partir et transmettre: Monique Khouzam Gendron, la conscience collective et l’esprit d’entraide”

  1. Luc Jodoin a dit :

    Je garde de très bons souvenirs de Monique : une présence, des idées partagées, l’entraide, des solutions et aussi des fous rires…

    Mais elle n’est pas partie, disait l’écrivain Paul Valéry :)

    Salut Térésa

    Téréso

  2. Mariane Engrand a dit :

    J’ai beaucoup apprécié collaborer avec Monique : son enthousiasme, son écoute, son dévouement et son originalité se sont manifestés dans tous les projets et événements sur lesquels nous avons travaillé.

    Aujourd’hui, je voudrais lui souhaiter une bonne retraite et de profiter pleinement de son temps ; sachant fort bien qu’elle le partagera avec et pour les autres !

    « C’est la beauté, mais plutôt l’humanité qui est le but de la littérature » Salamah Mussa (1887 – 1958)